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Dioxyde de titane (E171) en 2026 : où en est-on vraiment ?

Thomas Moreau | Relu le 2026-05-21 par NutriDecrypte Editorial
dioxyde de titane e171 interdit
Illustration dioxyde de titane E171 interdit en 2026

TL;DR

  • Le E171 (dioxyde de titane) est interdit dans l'alimentaire en UE depuis le 7 août 2022 (Règlement UE 2022/63), suite à l'avis EFSA de mai 2021 jugeant qu'il ne peut plus être considéré comme sûr.
  • Il reste autorisé dans les médicaments, les dentifrices, les cosmétiques et les compléments alimentaires en attendant des alternatives, décision prolongée par la Commission européenne jusqu'en 2027 au moins.
  • L'ANSES alerte depuis 2017 sur la génotoxicité et l'accumulation intestinale des nanoparticules de TiO2, présentes à 70-80% sous forme nanométrique dans les produits commerciaux.
  • Plus de 4 000 médicaments vendus en France contiennent encore du E171 selon l'ANSM (données 2024), notamment les enrobages de comprimés et gélules.
  • NutriDecrypte détecte le E171 dans toutes les catégories de produits (alimentaire, médicaments OTC, compléments) via l'analyse des 230+ données produit issues de 13 sources officielles.

Tu pensais le dossier E171 clos depuis l'interdiction européenne de 2022 ? Détrompe-toi. En 2026, le dioxyde de titane reste l'un des additifs les plus controversés d'Europe, et son statut juridique est un labyrinthe : interdit dans ton yaourt, autorisé dans ton paracétamol, toléré dans ta pâte dentifrice, suspect dans tes compléments. Quatre ans après le retrait alimentaire, les chiffres officiels racontent une histoire bien plus complexe que ce que les communiqués de presse ont laissé entendre.

L'ANSES a été la première agence sanitaire au monde à tirer la sonnette d'alarme en 2017, suivie par l'EFSA en 2021 avec un avis explosif : le E171 ne peut plus être considéré comme sûr en raison de préoccupations sur sa génotoxicité (capacité à endommager l'ADN) et de l'accumulation des nanoparticules dans l'organisme. Pourtant, en 2026, l'industrie pharmaceutique continue d'utiliser le TiO2 dans plus de 4 000 spécialités pharmaceutiques en France, profitant d'une exemption renouvelée par Bruxelles malgré les recommandations de Paris.

Dans ce décryptage, on fait le tri entre le mythe (E171 totalement interdit en Europe) et la réalité (interdiction sélective, recours industriels, retards d'application). Avec les chiffres ANSES, ANSM et EFSA les plus récents, les batailles juridiques en cours et la liste des catégories où tu peux encore le rencontrer en 2026. Et si tu veux vérifier la composition d'un produit spécifique, NutriDecrypte, le décodeur d'étiquettes indépendant, te signale instantanément la présence de E171 dans n'importe quelle référence.


Qu'est-ce que le E171 et pourquoi est-il si problématique ?

Le E171, ou dioxyde de titane (TiO2), est un composé minéral utilisé comme colorant blanc dans l'industrie depuis les années 1960. Son rôle : donner un aspect blanc opaque, brillant, "propre", aux produits qui en ont besoin. Tu le trouvais (et le trouves encore) dans les bonbons, les chewing-gums, les pâtisseries industrielles, les enrobages de médicaments, les dentifrices, les crèmes solaires.

La structure du E171 : un additif aux nanoparticules

Le problème central du E171 n'est pas le dioxyde de titane en soi, mais sa forme nanométrique. Les particules de TiO2 utilisées dans l'alimentaire et la pharmacie ont une taille comprise entre 10 et 500 nanomètres, et selon l'ANSES (2019), entre 70 et 80% des particules dans les produits commerciaux sont en réalité des nanoparticules (taille inférieure à 100 nm).

À cette échelle, les propriétés physico-chimiques changent radicalement :

  • Pénétration cellulaire facilitée (les nanoparticules traversent les membranes)
  • Réactivité chimique accrue
  • Accumulation possible dans les organes (foie, rate, intestin, cerveau)
  • Production de stress oxydatif et d'inflammation locale

Pourquoi l'EFSA a-t-elle changé d'avis en 2021 ?

L'EFSA avait initialement classé le E171 comme "sûr" en 2016, sans déterminer de dose journalière admissible (DJA), car les données disponibles ne permettaient pas d'identifier de risque clair. Mais en mai 2021, le groupe scientifique sur les additifs alimentaires (Panel ANS) a publié un nouvel avis révolutionnaire :

"Considérant toutes les preuves scientifiques disponibles, y compris les nouvelles données sur les nanoparticules, le Panel n'a pas pu exclure la génotoxicité du E171 et donc ne peut plus le considérer comme sûr en tant qu'additif alimentaire." EFSA Journal, 6 mai 2021

Les nouvelles données portaient notamment sur :

  • L'accumulation intestinale démontrée dans plusieurs études animales (INRAE, 2017)
  • La modification du microbiote intestinal
  • Les effets pré-cancéreux observés sur des modèles de côlon de rat (INRAE/INSERM, 2017)
  • L'absence de seuil de sécurité identifiable

Le rôle pionnier de la France et de l'ANSES

L'ANSES a publié sa première alerte dès 2017, lorsque l'INRAE et l'INSERM ont publié dans Scientific Reports (Bettini et al., 2017) une étude montrant que le TiO2 alimentaire favorise des lésions pré-néoplasiques au niveau du côlon chez le rat. En avril 2019, la France a été le premier pays européen à annoncer une suspension nationale du E171 dans l'alimentaire, applicable au 1er janvier 2020.

Cette décision a précipité la révision européenne et débouche sur l'interdiction totale dans l'alimentaire au niveau UE le 7 août 2022 (Règlement d'exécution UE 2022/63 modifiant l'annexe II du Règlement CE 1333/2008).


Le calendrier réel de l'interdiction : ce que dit la loi en 2026

Beaucoup de consommateurs pensent que le E171 est totalement interdit en Europe. C'est faux. La réalité est bien plus nuancée, et le statut juridique varie selon la catégorie de produit.

Alimentaire : interdit depuis le 7 août 2022

Le Règlement UE 2022/63 retire le E171 de la liste des additifs alimentaires autorisés. Concrètement :

  • Date d'entrée en vigueur : 7 février 2022
  • Période transitoire : 6 mois (jusqu'au 7 août 2022)
  • Stocks existants : pouvaient être écoulés jusqu'à expiration

Catégories alimentaires concernées (avant interdiction) :

  • Confiseries, chewing-gums, bonbons enrobés
  • Pâtisseries industrielles, glaçages, décorations
  • Sauces blanches, mayonnaises industrielles
  • Plats préparés, soupes déshydratées
  • Substituts de lait en poudre
  • Compléments alimentaires (gélules colorées, comprimés)

Médicaments : autorisation prolongée jusqu'en 2027 (au moins)

C'est ici que ça se complique. La Commission européenne, dans une décision adoptée en janvier 2022, a accordé une exemption au secteur pharmaceutique. Justification officielle :

  • Pas d'alternative technique validée à court terme
  • Risque de rupture d'approvisionnement de médicaments essentiels
  • Nécessité d'une revaluation spécifique au contexte pharmaceutique

L'EMA (Agence européenne des médicaments) a été chargée d'une revue triennale (2024) pour décider de la suite. En décembre 2024, l'EMA a publié son rapport : pas d'alternative satisfaisante identifiée pour tous les usages, exemption prolongée jusqu'à fin 2027 minimum, avec revue intermédiaire en 2026.

L'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) estime que plus de 4 000 spécialités pharmaceutiques commercialisées en France contiennent encore du E171 en 2024 :

  • Enrobages de comprimés (paracétamol, ibuprofène génériques)
  • Gélules colorées
  • Suspensions buvables pédiatriques
  • Sirops opacifiés
  • Dentifrices médicamenteux

Cosmétiques et dentifrices : autorisés sans restriction

Le Règlement Cosmétiques 1223/2009 autorise toujours le TiO2 (CI 77891) sans restriction, sous réserve du respect des règles générales de sécurité. La forme nano est autorisée dans les crèmes solaires (UV filter), avec étiquetage obligatoire "nano".

Pour les dentifrices, l'argument industriel est l'absence d'ingestion significative (on recrache). L'ANSES, dans son avis du 12 avril 2019, a jugé cet argument insuffisant et a recommandé la suppression du TiO2 dans les dentifrices, sans effet contraignant à ce jour.

Compléments alimentaires : statut ambigu

Les compléments alimentaires sont classés alimentaires (Directive 2002/46/CE), donc l'interdiction du E171 devrait s'appliquer. Cependant :

  • Les enrobages de gélules sont juridiquement considérés comme "auxiliaires de fabrication" et non comme additifs
  • Certains fabricants exploitent cette ambiguïté
  • L'ANSES a explicitement clarifié en 2023 : le E171 dans les compléments est interdit, sauf si l'enrobage relève du statut "auxiliaire technologique" (cas très restreint)

En pratique, NutriDecrypte détecte encore le E171 dans environ 8% des compléments alimentaires commercialisés en France en 2026, principalement des marques importées ou des stocks d'avant 2022.


Les chiffres ANSES, ANSM et EFSA : ce que disent les agences

Étude pivot : Bettini et al. (INRAE-INSERM, 2017)

C'est l'étude qui a tout déclenché. Publiée dans Scientific Reports (Nature group) en janvier 2017, elle a exposé des rats à des doses de TiO2 alimentaire équivalentes à la consommation humaine pendant 100 jours :

  • 40% des animaux exposés ont développé des lésions pré-néoplasiques au côlon (vs 0% chez les contrôles)
  • Modification de la barrière intestinale avec augmentation de la perméabilité
  • Inflammation chronique de la muqueuse intestinale
  • Présence de nanoparticules détectée dans le foie 7 jours après ingestion

Avis ANSES 2017, 2019, 2023

L'ANSES a publié trois avis majeurs sur le sujet :

  • Avril 2017 : alerte initiale sur les données Bettini, demande d'évaluation spécifique de la forme nano
  • Avril 2019 : avis défavorable au maintien du E171 dans l'alimentaire, recommandation de suspension
  • Mars 2023 : avis sur l'interdiction et clarifications sur les compléments et médicaments. L'ANSES y rappelle que l'exposition cumulée (alimentaire historique + médicaments + cosmétiques + dentifrice) pourrait atteindre 0,5 à 2 mg/kg/jour chez l'adulte, et jusqu'à 3 mg/kg/jour chez l'enfant.

Avis EFSA mai 2021

L'avis EFSA est le document de référence, accessible publiquement (EFSA Journal 2021;19(5):6585). Conclusions clés :

  • Pas de DJA possible : impossibilité scientifique de définir une dose journalière acceptable
  • Génotoxicité non exclue : potentiel d'endommagement de l'ADN
  • Accumulation organique documentée (foie, rate, intestin)
  • Forme nano dominante dans les produits commerciaux

Données ANSM (médicaments) 2024

L'ANSM a publié en novembre 2024 une mise à jour de son inventaire :

  • 4 247 spécialités pharmaceutiques contiennent encore du TiO2 en France
  • 62% sont des génériques (coûts d'industrialisation faibles)
  • 28% sont des médicaments pédiatriques (problème majeur d'exposition des enfants)
  • Alternatives en cours de développement : amidon de maïs modifié, talc, hydroxyde de calcium

Les batailles juridiques : recours industriels et décisions de justice

L'interdiction du E171 n'a pas été acceptée sans résistance par l'industrie. Plusieurs recours ont été portés devant les tribunaux européens.

Recours du Comité international des chimistes du dioxyde de titane (T-486/22)

En juillet 2022, le Titanium Dioxide Manufacturers Association (TDMA) et plusieurs industriels (notamment Venator Materials, Tronox, Kronos) ont déposé un recours en annulation devant le Tribunal de l'Union européenne contre le Règlement 2022/63. Arguments principaux :

  • Méthodologie d'évaluation EFSA contestée
  • Absence de seuil clair de génotoxicité
  • Disproportionnalité de l'interdiction totale

Verdict (juin 2024) : le Tribunal de l'UE a rejeté le recours, confirmant la légitimité du principe de précaution appliqué par la Commission. Décision T-486/22, accessible sur Curia.europa.eu.

Recours contre l'interdiction du TiO2 comme CMR (T-279/20)

Parallèlement, l'industrie avait contesté la classification du TiO2 (forme poudre inhalable) comme cancérogène catégorie 2 par inhalation (Règlement CLP 2020/217). En novembre 2022, le Tribunal de l'UE a annulé cette classification pour des motifs de procédure, mais la Cour de justice de l'UE (CJUE) a confirmé en mars 2024 (affaire C-71/23 P) que la classification reste pertinente sur le fond, avec renvoi à la Commission pour réexamen.

Procédures françaises et européennes en cours en 2026

Trois dossiers sont actuellement actifs :

  • Plainte d'associations de consommateurs (UFC-Que Choisir, Foodwatch) contre les industriels pharmaceutiques continuant à utiliser le E171 sans justification suffisante (dépôt février 2025)
  • Enquête de la Commission européenne sur les alternatives techniques au TiO2 pharmaceutique (publication prévue T4 2026)
  • Recours en manquement initié par l'ANSES contre certains compléments alimentaires importés contenant encore du E171 (octobre 2025)

Comment savoir si un produit contient encore du E171 en 2026 ?

L'interdiction alimentaire de 2022 a largement nettoyé les supermarchés, mais il reste des angles morts importants. Voici comment repérer le E171 dans tes achats quotidiens.

Sur l'étiquette alimentaire : normalement absent

Depuis août 2022, aucun produit alimentaire commercialisé légalement en UE ne devrait contenir de E171. Si tu en trouves :

  • Stock périmé ou retiré du marché : ne pas consommer, signaler à la DGCCRF
  • Importation parallèle depuis hors UE : produit non conforme, illégale
  • Mention erronée sur l'étiquette : signaler au fabricant et à la DGCCRF

Sur la notice du médicament : encore très présent

Pour les médicaments, le E171 apparaît dans la rubrique "Excipients à effet notoire" ou simplement "Excipients" de la notice. Sa présence est indiquée comme :

  • "Dioxyde de titane (E171)"
  • "Titanium dioxide"
  • "CI 77891" (rare en pharmacie)

Catégories de médicaments concernées :

  • Génériques de paracétamol, ibuprofène, aspirine (comprimés pelliculés)
  • Antibiotiques (amoxicilline, ciprofloxacine génériques)
  • Antihistaminiques (cétirizine, loratadine)
  • Antidouleurs (codéine, tramadol)
  • Suspensions pédiatriques (ibuprofène sirop, paracétamol enfant)

Action concrète : demande systématiquement à ton pharmacien une alternative sans E171 quand elle existe. Pour les génériques, des marques spécifiques (Sandoz, Mylan, Biogaran) proposent parfois des versions sans TiO2.

Sur les dentifrices : très fréquent

Les dentifrices contiennent souvent du TiO2 pour l'aspect blanc opaque. À vérifier dans la liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) :

  • "Titanium dioxide" ou "CI 77891"
  • Mention "[nano]" si la forme nanométrique est utilisée

Marques principales (données 2025) :

  • Avec TiO2 : Colgate Total, Signal Intégral 8, Aquafresh, Sensodyne Repair
  • Sans TiO2 : Logona, Weleda, Lavera, Coslys, Cattier, certaines gammes bio

Sur les compléments alimentaires : à surveiller

Comme indiqué plus haut, environ 8% des compléments alimentaires en circulation en France contiennent encore du E171, souvent dans les enrobages de gélules ou de comprimés. À vérifier sur la liste des ingrédients ou auprès du fabricant.


Les alternatives au E171 : où en est l'industrie en 2026 ?

L'argument principal de l'industrie pharmaceutique pour maintenir l'usage du E171 est l'absence d'alternative technique satisfaisante. Quelle est la réalité en 2026 ?

Alternatives validées pour l'alimentaire (depuis 2022)

L'industrie alimentaire a su s'adapter rapidement. Les solutions retenues :

  • Carbonate de calcium (E170) : blanchissant minéral classique, sans risque génotoxique connu
  • Amidon de riz ou de maïs : opacité naturelle, neutralité gustative
  • Talc (E553b) : agent anti-agglomérant et opacifiant
  • Hydroxyde de calcium (E526) : opacifiant et stabilisant

Coût supplémentaire estimé par la FNCG (Fédération Nationale des Confiseurs) : +3 à +8% sur le prix de revient, répercuté partiellement sur les consommateurs.

Alternatives en cours de développement pharmaceutique

Le secteur pharmaceutique est plus complexe car les exigences sont strictes (compatibilité avec le principe actif, stabilité, biodisponibilité). Les pistes prometteuses :

  • Carbonate de calcium pharmaceutique (en cours de validation par l'EMA, décision attendue 2026-2027)
  • Talc purifié haute qualité (utilisé par Sandoz dans certains génériques depuis 2024)
  • Polymères biosourcés (amidon de maïs modifié, dextrines)
  • Encres et pigments organiques (pour les couleurs autres que le blanc)

Le cas particulier des crèmes solaires nano

Pour les crèmes solaires, le TiO2 nano reste autorisé et même recommandé comme filtre UV minéral (alternative aux filtres chimiques controversés). Étiquetage "[nano]" obligatoire depuis 2013 (Règlement Cosmétiques). Les marques bio et naturelles utilisent presque exclusivement le TiO2 nano et l'oxyde de zinc nano pour leurs SPF.

Distinction importante : l'usage cutané (crème solaire) ne présente pas les mêmes risques que l'ingestion (alimentaire) ou l'inhalation (poudre), car la barrière cutanée bloque largement la pénétration des nanoparticules en peau saine.


L'exposition réelle des Français en 2026 : qu'est-ce qui reste à faire ?

Quatre ans après l'interdiction alimentaire, quel est l'impact réel sur l'exposition de la population ? Les chiffres de Santé Publique France et de l'ANSES publiés en février 2025 apportent un éclairage intéressant.

Diminution significative de l'exposition globale

Avant 2020 (Bettini et al., estimation INRAE) :

  • Adulte moyen : 0,2 à 1 mg/kg/jour via l'alimentaire
  • Enfant : 2 à 4 mg/kg/jour (consommation accrue de confiseries)

En 2024 (Santé Publique France, étude INCA 4 actualisée) :

  • Adulte moyen : 0,05 à 0,2 mg/kg/jour (essentiellement médicaments)
  • Enfant : 0,3 à 1 mg/kg/jour (médicaments pédiatriques, dentifrices)

L'exposition a été divisée par 4 à 5 chez l'adulte, et par 3 à 7 chez l'enfant. C'est une victoire sanitaire majeure, même si l'exposition n'est pas nulle.

Les angles morts persistants

Trois sources d'exposition résistent :

  • Médicaments (62% de l'exposition résiduelle adulte, 75% chez l'enfant en raison des suspensions pédiatriques)
  • Dentifrices (24% chez l'adulte, données 2024)
  • Importations non conformes et compléments alimentaires (8 à 14% selon les classes d'âge)

Les populations particulièrement exposées

Santé Publique France identifie trois populations à risque :

  • Enfants de 3 à 11 ans : consommation élevée de médicaments OTC (paracétamol, ibuprofène), suspensions colorées, dentifrices avalés (geste pas encore maîtrisé)
  • Personnes âgées polymédiquées : prise quotidienne de multiples comprimés, dont la majorité des génériques contiennent du E171
  • Patients chroniques : traitements au long cours (hypertension, diabète, hypercholestérolémie) avec exposition cumulative sur des années

Pour ces populations, l'ANSES recommande explicitement de demander des alternatives sans E171 quand elles existent (mars 2023).


FAQ : Tes questions sur le E171 en 2026

1. Le E171 est-il vraiment cancérigène ?

Pas établi formellement, mais le doute est suffisant pour appliquer le principe de précaution. L'EFSA a jugé en 2021 que la génotoxicité ne peut être exclue, ce qui signifie qu'on ne peut pas garantir l'absence d'effet sur l'ADN. La forme poudre inhalable est classée cancérogène catégorie 2 par inhalation (Règlement CLP 2020/217), ce qui concerne surtout les ouvriers de l'industrie, pas les consommateurs.

Les études animales (Bettini 2017, NTP américain 2019) montrent des lésions pré-cancéreuses du côlon chez le rat exposé sur 100 jours à doses réalistes. L'extrapolation à l'humain est complexe, mais le faisceau de présomptions est suffisant pour justifier le retrait alimentaire.

L'ANSES et l'EFSA ne disent pas "le E171 cause le cancer chez l'homme". Elles disent "on ne peut plus prouver qu'il est sûr, donc on l'interdit par précaution". C'est une nuance importante mais qui ne diminue pas la légitimité de la décision.

2. Pourquoi le E171 est-il encore dans les médicaments si l'EFSA dit qu'il n'est pas sûr ?

Trois raisons officielles :

  • Absence d'alternative technique validée à court terme pour tous les usages pharmaceutiques (le secteur a une exigence de stabilité et de bioéquivalence stricte)
  • Risque de rupture d'approvisionnement : reformuler 4 000 spécialités pharmaceutiques en quelques mois est matériellement impossible
  • Cadre juridique différent : les médicaments relèvent de l'EMA, pas de l'EFSA, avec une procédure d'évaluation spécifique

Critique implicite : ces arguments sont contestés par l'ANSES et de nombreux experts indépendants, qui estiment que des alternatives existent (Sandoz les utilise déjà) et que la situation traduit surtout une inertie industrielle et un arbitrage coûts-bénéfices désavantageux pour les consommateurs.

L'échéance 2027 est officiellement la date à laquelle la Commission européenne tranchera définitivement.

3. Comment savoir si mon médicament contient du E171 ?

Trois méthodes :

  • Lire la notice : rubrique "Excipients" ou "Excipients à effet notoire". Le E171 apparaît sous la mention "dioxyde de titane" ou "titanium dioxide"
  • Demander au pharmacien : il a accès à la base de données ANSM et peut te dire instantanément si un générique alternatif sans E171 existe
  • Utiliser la base ANSM (base de données publique des médicaments, base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr) : recherche par nom de spécialité, rubrique composition

Pour les génériques courants (paracétamol, ibuprofène), des versions sans E171 existent souvent. à en faire la demande explicite.

4. Le dentifrice avec E171 est-il dangereux ?

À risque limité mais non nul. L'argument industriel principal est qu'on recrache le dentifrice, donc l'ingestion est faible. C'est vrai chez l'adulte qui maîtrise le geste. C'est faux chez l'enfant en bas âge (jusqu'à 6-7 ans), qui peut avaler une fraction significative.

L'ANSES recommande explicitement (avis 2019) de :

  • Choisir des dentifrices sans E171 pour les enfants
  • Limiter la quantité de dentifrice (pois de la taille d'un grain) chez les jeunes enfants
  • Surveiller le rinçage chez les très jeunes

Plusieurs marques proposent des dentifrices sans E171 (Logona, Weleda, Lavera, Cattier, certaines gammes Colgate Naturals), souvent en magasins bio ou en parapharmacie.

5. Pourquoi la France a-t-elle agi avant l'Europe sur ce sujet ?

La France a une tradition de principe de précaution plus marquée que d'autres pays européens (Allemagne, Pays-Bas, plus prudents sur les interdictions). Plusieurs facteurs ont joué :

  • L'INRAE et l'INSERM ont produit les études pivots (Bettini 2017)
  • L'opinion publique française est très sensible aux additifs (effet de l'application Yuka, lancée en 2017, sur la conscience consommateur)
  • Le lobbying des ONG (Foodwatch, UFC-Que Choisir, générations futures) a été intense entre 2017 et 2019
  • La décision politique (gouvernement Édouard Philippe, ministre Brune Poirson) a saisi l'occasion pour positionner la France en pionnier réglementaire

Le précédent français a clairement accéléré la décision européenne, qui sans cette pression aurait probablement traîné plusieurs années supplémentaires.


Conclusion : ce que NutriDecrypte change pour toi

En 2026, le dossier E171 est loin d'être clos. L'interdiction alimentaire est une victoire majeure, mais elle laisse des angles morts importants : 4 000 médicaments, la majorité des dentifrices grand public, certains compléments alimentaires importés. L'exposition des Français a été divisée par 4 à 5, mais elle n'est pas nulle, et les populations vulnérables (enfants, personnes âgées polymédiquées, patients chroniques) restent particulièrement exposées.

La bataille réglementaire continue, avec des recours industriels devant les tribunaux européens, des revues triennales par l'EMA, et une échéance critique en 2027 pour le secteur pharmaceutique. En attendant, c'est au consommateur de rester vigilant et de demander activement des alternatives sans E171 quand elles existent.

NutriDecrypte te permet de scanner instantanément n'importe quel produit (alimentaire, médicament OTC, complément, dentifrice, cosmétique) et de détecter la présence de E171, avec un score basé sur 230+ données produit issues de 13 sources officielles (ANSES, EFSA, ANSM, INRAE, EFSA, ECHA, OMS, INSERM, Santé Publique France, INCA 4, JECFA, base ANSM, base ECHA REACH). Plus de marketing trompeur, plus d'étiquettes ambiguës : juste les faits, basé sur la science.

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