Érythritol (E968) : danger cardiovasculaire ? 2026
Tu retournes un paquet de biscuits keto, un sirop sans sucre ou une poudre protéinée, et le même nom revient en tête de liste : érythritol, parfois écrit E968. Depuis une dizaine d'années, ce polyol s'est imposé comme l'édulcorant préféré de l'alimentation basse glucides, avec un argumentaire redoutable : un goût très proche du sucre, aucune calorie déclarée, aucun effet sur la glycémie, et une image de produit obtenu par fermentation plutôt que par chimie de synthèse.
Ce consensus confortable s'est fissuré sur deux fronts en même temps. D'un côté, l'EFSA a réévalué l'additif fin 2023 et a fixé pour la première fois une limite chiffrée, en constatant dans la foulée qu'elle est déjà dépassée par les plus gros consommateurs. De l'autre, une série de travaux menés à la Cleveland Clinic a associé l'érythritol circulant à la formation de caillots et aux accidents cardiovasculaires. À jour au août 2026, voici ce que disent vraiment ces publications, ce qu'elles ne disent pas, et où se situe le vrai seuil d'attention.
L'érythritol, c'est quoi exactement ?
L'érythritol est un polyol, c'est-à-dire un sucre-alcool, produit industriellement par fermentation de glucose issu d'amidon de maïs ou de blé grâce à des levures osmophiles. Ce n'est ni un édulcorant intense de synthèse comme l'aspartame, ni un extrait végétal comme la stévia.
Sa singularité tient à son métabolisme. Contrairement au sorbitol, au maltitol ou au xylitol, qui fermentent largement dans le côlon, l'érythritol est absorbé à environ 90 % dans l'intestin grêle, circule dans le sang, puis est éliminé quasi intact dans les urines. Il ne fournit pratiquement aucune énergie à l'organisme et n'élève pas la glycémie ni l'insulinémie. C'est ce qui lui vaut un statut unique dans la réglementation européenne : là où le règlement (UE) n° 1169/2011 attribue par défaut une valeur énergétique de 2,4 kcal par gramme à tous les polyols, l'érythritol est le seul à se voir affecter 0 kcal par gramme dans son annexe des facteurs de conversion. Un produit peut donc en contenir 20 grammes et afficher zéro calorie apportée par cet ingrédient.
Son pouvoir sucrant se situe autour de 60 à 70 % de celui du saccharose. Il faut donc en mettre beaucoup pour obtenir un goût sucré équivalent, et c'est précisément ce qui distingue l'érythritol des édulcorants intenses. Un soda à l'aspartame contient quelques dizaines de milligrammes d'édulcorant. Un produit sucré à l'érythritol en contient plusieurs grammes, parfois plusieurs dizaines de grammes. L'ordre de grandeur de l'exposition n'a rien à voir, et c'est le fil rouge de tout ce dossier.
Deuxième particularité, il apporte une sensation de fraîcheur en bouche, un effet endothermique lié à sa dissolution, que les industriels compensent souvent en l'associant à de la stévia ou à du sucralose. Un produit "sans sucre" contient donc rarement de l'érythritol seul, un point détaillé dans notre décryptage des édulcorants artificiels.
Où se cache l'érythritol : 66 catégories d'aliments autorisées
L'érythritol n'est pas cantonné aux rayons diététiques : il est autorisé dans 66 catégories d'aliments représentant 83 usages dans l'Union européenne, très majoritairement sans limite quantitative chiffrée.
Ce point de réglementation est central pour comprendre le débat. Selon l'avis de réévaluation de l'EFSA publié en décembre 2023, l'érythritol est inscrit à l'annexe II du règlement (CE) n° 1333/2008 comme additif du groupe I, autorisé quantum satis, autrement dit à la dose techniquement nécessaire, sans plafond réglementaire. Une seule exception numérique existe : les boissons aromatisées, où il est limité à 16 000 mg par litre, soit 1,6 %, en tant qu'exhausteur de goût et non comme édulcorant, un cadre posé par le règlement (UE) 2015/1832.
| Catégorie de produits | Exemples concrets | Ordre de grandeur par portion |
|---|---|---|
| Produits keto et low carb | Biscuits, barres, granolas, chocolats | 5 à 15 g |
| Édulcorants de table | Sachets et poudres, seuls ou avec stévia | 2 à 10 g |
| Sirops et confitures sans sucre | Sirops pour café, pâtes à tartiner | 5 à 20 g par usage |
| Compléments et poudres | Protéines en poudre, BCAA, pré-entraînement | 2 à 8 g par dose |
| Boissons | Sodas zéro, boissons énergisantes, eaux aromatisées | jusqu'à 1,6 % du volume |
| Confiserie et chewing-gums | Bonbons sans sucre, gommes | 1 à 5 g |
| Desserts glacés | Glaces sans sucres ajoutés | 5 à 12 g |
Cette carte explique pourquoi l'exposition réelle peut grimper très vite. Une personne qui suit un régime cétogène strict peut cumuler un café sucré à l'érythritol le matin, une barre l'après-midi, un shaker protéiné après le sport et un dessert le soir, et atteindre plusieurs dizaines de grammes dans la journée sans jamais avoir l'impression de manger sucré. C'est le même mécanisme d'accumulation invisible que celui décrit dans notre dossier sur les sucres cachés et leurs 67 appellations, à ceci près qu'ici l'ingrédient est affiché en clair.
L'avis EFSA de décembre 2023 : une DJA que les gros consommateurs dépassent
Le 20 décembre 2023, l'Autorité européenne de sécurité des aliments a fixé une dose journalière admissible de 0,5 gramme d'érythritol par kilogramme de poids corporel et par jour, puis a conclu que l'exposition alimentaire, aiguë comme chronique, se situe au niveau ou au-dessus de cette valeur dans tous les groupes de population.
C'est un renversement complet par rapport au statu quo. Jusque-là, l'érythritol appartenait à la catégorie des additifs jugés suffisamment inoffensifs pour ne pas nécessiter de limite chiffrée. Le panel a changé d'approche en retenant comme critère non pas une toxicité classique, mais la diarrhée. La dose sans effet indésirable observé chez l'humain a été identifiée à 0,5 g/kg de poids corporel en prise unique, et le panel a retenu cette borne basse comme référence, en précisant qu'elle protège aussi bien de l'effet laxatif immédiat que d'éventuels effets à plus long terme, selon le résumé en langage clair publié par l'EFSA.
Pour un adulte de 70 kilos, cela représente 35 grammes par jour. Cela paraît généreux, jusqu'à ce qu'on regarde les portions réelles : deux ou trois produits keto sucrés à l'érythritol suffisent à atteindre ce chiffre. Pour un enfant de 25 kilos, la limite tombe à 12,5 grammes, soit l'équivalent d'un seul dessert glacé sans sucre.
Trois autres conclusions de cet avis méritent d'être connues. L'érythritol n'est pas génotoxique, le panel n'ayant relevé aucune préoccupation sur ce point. La demande de l'industrie visant à supprimer la mention d'avertissement "une consommation excessive peut produire des effets laxatifs", obligatoire au-delà de 10 % de polyols dans un produit, a été rejetée faute de données probantes. Enfin, un point passé inaperçu du grand public : la limite actuelle de plomb dans les spécifications de l'additif, fixée à 0,5 mg/kg, conduit à une marge d'exposition insuffisante pour les forts consommateurs, et le panel a recommandé de l'abaisser à 0,25 mg/kg. Comme souvent, une partie du risque se loge dans les impuretés de fabrication plutôt que dans la molécule elle-même, un schéma déjà rencontré avec les additifs à surveiller en 2026.
L'étude Nature Medicine 2023 : le signal cardiovasculaire
En février 2023, une équipe de la Cleveland Clinic a publié dans Nature Medicine une étude associant des taux sanguins élevés d'érythritol à un risque accru d'événements cardiovasculaires majeurs sur trois ans. C'est une étude observationnelle : elle mesure une association, pas une causalité.
Le protocole mérite d'être détaillé, parce qu'il explique à la fois la force et la limite du résultat. Les chercheurs ont d'abord réalisé une analyse métabolomique non ciblée chez des patients évalués pour leur risque cardiaque, sans chercher l'érythritol en particulier. La molécule est ressortie spontanément comme l'un des marqueurs les plus fortement associés aux infarctus, aux accidents vasculaires cérébraux et aux décès à trois ans. Les chercheurs ont ensuite vérifié ce signal dans deux cohortes de validation indépendantes, l'une américaine, l'autre européenne, pour un total de plus de 4 000 participants. Le rapport de risque entre le quartile le plus élevé et le quartile le plus bas d'érythritol circulant s'établissait à 1,80 dans la première cohorte de validation et 2,21 dans la seconde, chiffres disponibles dans l'article original publié dans Nature Medicine.
La partie mécanistique est celle qui a fait basculer le débat. En laboratoire, l'ajout d'érythritol rendait les plaquettes sanguines plus faciles à activer et accélérait la formation de caillots, un effet confirmé sur modèle animal, comme le résume le communiqué de la Cleveland Clinic. Une association épidémiologique accompagnée d'un mécanisme plausible pèse plus lourd qu'une association isolée.
Reste l'objection majeure, et elle est sérieuse. L'organisme humain fabrique lui-même de l'érythritol à partir du glucose, via la voie des pentoses phosphates, et cette production endogène augmente en cas de désordre métabolique. Un taux sanguin élevé pourrait donc être la conséquence d'un métabolisme déjà altéré plutôt que la cause des accidents observés. Les participants étaient par ailleurs des patients à haut risque cardiaque, pas la population générale, et les taux mesurés ne renseignent pas sur ce qu'ils avaient mangé.
2024 et 2025 : deux travaux qui déplacent le curseur
Les deux publications suivantes répondent en partie à l'objection de la production endogène, en passant de l'observation à l'intervention et à l'expérimentation cellulaire.
En août 2024, la même équipe a publié dans Arteriosclerosis, Thrombosis and Vascular Biology une étude d'intervention chez 20 volontaires sains. Après ingestion d'une quantité d'érythritol correspondant à celle d'un soda ou d'un muffin sans sucre, le taux sanguin a été multiplié par plus de 1 000 par rapport à la valeur de départ, et une augmentation significative de la formation de caillots a été observée. Le groupe témoin, qui recevait du glucose, ne montrait aucune modification, selon le communiqué de la Cleveland Clinic sur cette étude d'intervention. Ce résultat démontre au moins une chose : une portion ordinaire d'un produit du commerce suffit à faire grimper l'érythritol circulant à des niveaux très supérieurs à la production naturelle du corps.
En juin 2025, une équipe de l'université du Colorado à Boulder a publié dans le Journal of Applied Physiology des travaux sur des cellules endothéliales microvasculaires cérébrales humaines exposées à une concentration d'érythritol équivalente à celle d'une boisson sucrée du commerce. Les cellules montraient un stress oxydatif accru, une signalisation du monoxyde d'azote perturbée, une production augmentée de peptides vasoconstricteurs et une capacité réduite à dissoudre les caillots, résultats référencés sur la notice PubMed de l'étude.
La prudence reste de mise sur ce dernier point. Il s'agit de cellules en culture, pas d'un organisme entier, et une exposition de trois heures en boîte de Petri ne reproduit pas la physiologie humaine. Mais l'ensemble dessine une cohérence : trois approches méthodologiques différentes, menées par deux équipes distinctes, pointent dans la même direction, celle de la coagulation et de la fonction vasculaire.
Le point aveugle : l'OMS ne parle pas de l'érythritol
La recommandation de l'OMS de mai 2023 contre l'usage des édulcorants pour contrôler son poids ne concerne pas l'érythritol, ni aucun autre polyol. C'est une confusion extrêmement répandue, y compris dans la presse.
La définition retenue par l'organisation est explicite. Le texte précise que la recommandation ne s'applique pas aux sucres à faible teneur calorique ni aux polyols, décrits comme des sucres ou des dérivés de sucres contenant des calories et donc non considérés comme des édulcorants non caloriques, selon la note de l'OMS accompagnant la publication de ses lignes directrices.
Concrètement, l'érythritol se retrouve dans un angle mort du dispositif. L'OMS l'exclut de son avis sur les édulcorants. L'EFSA vient de lui fixer une limite qui n'a pas encore été traduite en changement des conditions d'emploi. Et le signal cardiovasculaire vient d'équipes académiques américaines, dont les publications ne constituent pas une évaluation réglementaire européenne. Aucune autorité ne dit qu'il faut l'éviter, aucune ne dit qu'il est sans reproche, et le produit continue d'être vendu comme une alternative saine au sucre. C'est exactement le type de vide dans lequel prospèrent les allégations marketing décryptées dans notre article sur la mention sans sucre ajouté.
Érythritol, xylitol, maltitol : ne pas les mettre dans le même sac
Les polyols forment une famille dont les membres se comportent très différemment sur le plan digestif comme métabolique. Les confondre conduit à des choix approximatifs.
| Polyol | Code | Énergie retenue en UE | Digestion | Point de vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Érythritol | E968 | 0 kcal/g | Absorbé à 90 %, éliminé dans les urines | Signal cardiovasculaire, DJA 0,5 g/kg |
| Xylitol | E967 | 2,4 kcal/g | Partiellement fermenté | Signal cardiovasculaire proche, toxique pour le chien |
| Maltitol | E965 | 2,4 kcal/g | Peu absorbé | Index glycémique non nul, très laxatif |
| Sorbitol | E420 | 2,4 kcal/g | Peu absorbé | Le plus laxatif de la famille |
| Isomalt | E953 | 2,4 kcal/g | Peu absorbé | Troubles digestifs fréquents |
Le contraste le plus utile oppose l'érythritol au maltitol. Le maltitol, très employé dans le chocolat sans sucre, garde un effet sur la glycémie et provoque des troubles digestifs à des doses modestes, mais il ne fait l'objet d'aucun signal cardiovasculaire. L'érythritol, lui, est irréprochable sur la glycémie et bien mieux toléré par l'intestin, mais c'est justement parce qu'il passe dans le sang qu'il pose une question que les autres ne posent pas. Le polyol le mieux absorbé est aussi celui qui interagit le plus avec la circulation.
Le xylitol occupe une position intermédiaire, avec un signal cardiovasculaire documenté par la même équipe en 2024, et un rappel qui n'a rien à voir avec l'humain : il est gravement toxique pour le chien, ce qui impose de ranger les produits qui en contiennent hors de portée des animaux.
Comment gérer ça concrètement, sans paranoïa
La question utile n'est pas de bannir l'érythritol mais d'identifier les situations où l'exposition devient quotidienne et concentrée, car c'est là que se situe le seul enjeu documenté.
Premier repère, la fréquence. Un chewing-gum sans sucre, un carré de chocolat keto ou un yaourt édulcoré de temps en temps représentent quelques grammes, très loin des 35 grammes de la DJA d'un adulte de 70 kilos. Le profil à risque est celui de la consommation systémique : régime cétogène strict, remplacement complet du sucre par un édulcorant de table à l'érythritol, poudres protéinées quotidiennes, sirops ajoutés à chaque boisson.
Deuxième repère, la santé cardiovasculaire personnelle. Toutes les études disponibles portent en priorité sur des personnes présentant des facteurs de risque, diabète, hypertension, antécédent d'infarctus ou d'accident vasculaire cérébral. Si tu es dans cette situation, la prudence sur les fortes doses relève du bon sens, et le sujet mérite d'être abordé avec ton médecin plutôt qu'arbitré seul sur la base d'un article.
Troisième repère, la lecture d'étiquette. L'érythritol apparaît sous son nom complet ou sous le code E968, presque toujours en tête de liste dans les produits keto, ce qui signifie qu'il en constitue l'ingrédient majoritaire. La mention "une consommation excessive peut produire des effets laxatifs" est un indicateur direct : elle signale plus de 10 % de polyols dans le produit. La méthode complète est détaillée dans notre guide pour lire une liste d'ingrédients.
Quatrième repère, la vraie alternative. Réduire l'intensité du goût sucré fonctionne mieux que la substitution permanente d'un édulcorant par un autre. Un fruit frais, un yaourt nature, un carré de chocolat noir ou simplement de l'eau ne posent aucune de ces questions. Et un produit ultra-transformé sucré à l'érythritol reste un produit ultra-transformé, avec ses arômes, ses fibres ajoutées et ses graisses de formulation, une réalité que rappelle la classification NOVA.
Le cadre officiel français rappelle qu'un additif n'est autorisé que s'il ne présente pas de risque aux conditions d'emploi prévues, et que son évaluation peut être révisée à la lumière de données nouvelles, comme l'explique la fiche de l'Anses sur les additifs alimentaires. L'érythritol est précisément dans cette phase de révision.
Questions fréquentes
L'érythritol est-il dangereux pour la santé ?
Aucune autorité sanitaire ne le considère aujourd'hui comme dangereux aux usages courants, et l'EFSA a confirmé fin 2023 qu'il n'est pas génotoxique. Deux réserves existent néanmoins. La dose journalière admissible de 0,5 g par kilo de poids corporel fixée en décembre 2023 est déjà atteinte ou dépassée par les plus gros consommateurs, en exposition aiguë comme chronique. Et trois travaux publiés en 2023, 2024 et 2025 ont associé l'érythritol à une réactivité plaquettaire accrue et à un risque cardiovasculaire plus élevé, sans démontrer de causalité. Le sujet de vigilance est la consommation quotidienne et concentrée, pas l'usage occasionnel.
Quelle quantité d'érythritol par jour est acceptable ?
La dose journalière admissible européenne est de 0,5 gramme par kilogramme de poids corporel, soit environ 35 grammes pour un adulte de 70 kilos, 25 grammes pour une personne de 50 kilos et 12,5 grammes pour un enfant de 25 kilos. Ce seuil a été calé sur l'apparition de diarrhées, la dose sans effet observé chez l'humain ayant été identifiée à 0,5 g/kg en prise unique. Deux à trois portions de produits keto sucrés à l'érythritol suffisent à l'atteindre chez un adulte.
L'érythritol fait-il monter la glycémie ?
Non. Il est absorbé dans l'intestin grêle puis éliminé dans les urines sans être métabolisé, ce qui lui donne un index glycémique nul et aucun effet sur l'insuline. C'est même ce qui explique son succès auprès des personnes diabétiques et des adeptes du régime cétogène. Sa valeur énergétique réglementaire dans l'Union européenne est de 0 kcal par gramme, une exception parmi les polyols, qui sont sinon comptés à 2,4 kcal par gramme.
L'érythritol provoque-t-il des troubles digestifs ?
Beaucoup moins que les autres polyols, parce qu'il est absorbé à environ 90 % avant d'atteindre le côlon. Il reste toutefois laxatif au-delà d'un certain seuil, autour de 0,5 g par kilo de poids corporel en une prise, et cette limite descend quand il est associé à d'autres polyols dans le même produit. La mention d'avertissement sur l'emballage est obligatoire dès que le produit contient plus de 10 % de polyols, et l'EFSA a refusé en 2023 d'en exempter l'érythritol.
L'érythritol est-il compatible avec le régime keto ?
Il l'est sur le plan strictement métabolique, puisqu'il n'apporte ni glucides assimilables ni calories et ne perturbe pas la cétose. Le point d'attention est ailleurs : les régimes cétogènes sont justement le contexte où l'exposition cumulée devient la plus élevée, entre édulcorants de table, barres, desserts et poudres protéinées. C'est le profil de consommation qui approche le plus vite de la dose journalière admissible.
Faut-il préférer la stévia à l'érythritol ?
Les deux ont des profils différents et sont souvent combinés dans un même produit. La stévia est un édulcorant intense utilisé en très petites quantités, avec une dose journalière admissible de 4 mg par kilo en équivalent stéviol, et sans signal cardiovasculaire à ce jour. L'érythritol est un édulcorant de masse utilisé en grammes. Aucun des deux n'est un aliment neutre, et le meilleur arbitrage reste de réduire l'appétence globale pour le sucré plutôt que d'empiler les substituts.
Verdict NutriDécrypte
L'érythritol n'est pas le poison que titrent certains articles, mais il n'est plus l'édulcorant irréprochable qu'on présentait il y a cinq ans. En dix-huit mois, il est passé du statut d'additif sans limite chiffrée à celui d'additif doté d'une dose journalière admissible déjà atteinte par les forts consommateurs, avec en parallèle trois publications indépendantes convergeant vers un même mécanisme de coagulation.
Trois recommandations honnêtes :
- Regarde la fréquence avant la molécule. Quelques grammes de temps en temps ne posent pas de question. Trente grammes par jour sept jours sur sept, dans un régime construit autour des produits keto, est un scénario différent qui n'a jamais été validé sur le long terme.
- Si tu as des antécédents cardiovasculaires, un diabète ou une hypertension, tu es dans la population sur laquelle portent toutes les études disponibles. Ce n'est pas une raison de paniquer, c'en est une d'en parler à ton médecin.
- Surveille les enfants. La dose journalière admissible étant proportionnelle au poids, un enfant de 25 kilos atteint sa limite avec 12,5 grammes, soit un seul dessert sans sucre bien dosé.
Ce qu'on ne te dit pas : la recommandation de l'OMS de 2023 contre les édulcorants, celle que tout le monde cite, exclut explicitement les polyols et ne s'applique donc pas à l'érythritol. Un produit peut être conforme à cet avis, affiché zéro calorie en toute légalité, et rester au centre du seul dossier réglementaire européen qui ait bougé récemment sur les substituts du sucre.
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Sources
- EFSA Panel on Food Additives and Flavourings, "Re-evaluation of erythritol (E 968) as a food additive and the exemption from the laxative warning labelling requirement", EFSA Journal, volume 21, numéro 12, décembre 2023, article e8430.
- EFSA, résumé en langage clair de la réévaluation de l'érythritol (E 968), publié le 20 décembre 2023.
- Witkowski M. et al., "The artificial sweetener erythritol and cardiovascular event risk", Nature Medicine, volume 29, pages 710 à 718, février 2023.
- Cleveland Clinic, communiqué de presse sur l'étude d'intervention publiée dans Arteriosclerosis, Thrombosis and Vascular Biology, août 2024.
- Université du Colorado à Boulder, "The non-nutritive sweetener erythritol adversely affects brain microvascular endothelial cell function", Journal of Applied Physiology, volume 138, juin 2025.
- Règlement (CE) n° 1333/2008 du Parlement européen et du Conseil sur les additifs alimentaires, annexe II, version consolidée, EUR-Lex.
- Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, annexe XIV, facteurs de conversion énergétique, EUR-Lex.
- Organisation mondiale de la santé, lignes directrices sur les édulcorants non caloriques, mai 2023.
- Anses, "Le point sur les additifs alimentaires", fiche d'information de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.
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