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Mention 'sans sucre ajouté' : ce qui se cache vraiment derrière l'étiquette en 2026

Thomas Moreau | Relu le 2026-05-14 par Sarah Keller, diététicienne-nutritionniste
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Étiquette d'un produit avec la mention 'sans sucre ajouté' analysée à la loupe

La mention « sans sucre ajouté » est devenue l'un des arguments marketing les plus efficaces du rayon. On la trouve sur des compotes, des yaourts, des biscuits pour bébés, des céréales du petit-déjeuner, des barres protéinées, des sodas et même certains alcools. En 2024, plus de 40 % des nouveaux produits lancés en grande distribution en France portaient une allégation liée au sucre, selon les données de l'observatoire Mintel cité par l'ANSES. Le problème : cette mention raconte une moitié de l'histoire seulement. Un jus de fruits « sans sucre ajouté » peut contenir 11 g de sucres naturels par 100 ml, soit autant qu'un cola classique. Une compote « sans sucre ajouté » à base de concentré de pomme peut avoir un index glycémique supérieur à celui d'un yaourt sucré.

Ce décryptage n'est pas une croisade contre une mention. Le règlement européen 1924/2006 qui encadre les allégations nutritionnelles fixe des règles précises, et certains produits sans sucre ajouté sont d'authentiquement meilleurs choix. Mais entre la promesse du recto et la réalité de la liste d'ingrédients, l'écart est parfois vertigineux. On t'explique ici ce que dit exactement la réglementation, où sont les pièges concrets, comment les industriels jouent dans les marges, et ce que notre diététicienne en pense.

Ce que dit exactement la réglementation : règlement 1924/2006 allégations

L'allégation « sans sucre ajouté » est cadrée au niveau européen par le règlement CE 1924/2006 sur les allégations nutritionnelles et de santé. Son annexe précise les conditions exactes pour l'utiliser sur un emballage. Trois critères cumulatifs sont exigés.

Le produit ne doit contenir aucun mono ou disaccharide ajouté pendant la fabrication. Cela vise le saccharose (sucre blanc, sucre roux, cassonade), le glucose, le fructose isolé, le sirop de glucose-fructose, le sirop de maïs et le miel quand il est ajouté en tant qu'ingrédient sucrant. Aucun autre aliment utilisé pour ses propriétés édulcorantes ne doit non plus être incorporé. C'est cette deuxième condition qui crée la zone grise des concentrés de fruits, que les industriels exploitent largement, on y revient juste après.

Enfin, si le produit contient naturellement des sucres (lactose du yaourt, fructose des fruits, sucres de céréales maltées), la mention doit être accompagnée d'une indication du type « contient des sucres naturellement présents ». En pratique, cette précision est en tout petit, souvent au dos du paquet, et la plupart des consommateurs ne la voient pas.

Ce que la mention n'interdit pas : les polyols (sorbitol E420, xylitol E967, maltitol E965, érythritol E968), les édulcorants intenses (aspartame E951, sucralose E955, acésulfame K E950, stévia E960), les fibres ajoutées pour donner de la texture, et tous les arômes sucrants non caloriques. Un biscuit « sans sucre ajouté » peut donc être bourré d'aspartame, de maltitol et d'arôme caramel synthétique tout en respectant strictement la réglementation européenne.

Différence entre « sans sucre » et « sans sucre ajouté » : ne pas confondre

C'est la confusion la plus courante au rayon, et elle est partiellement entretenue par le marketing.

La mention « sans sucre » (sans précision d'ajout) impose un seuil quantitatif strict : moins de 0,5 g de sucres totaux pour 100 g ou 100 ml de produit. Cela vaut pour tous les sucres, ajoutés ou naturellement présents. C'est une promesse stricte, qu'on retrouve essentiellement sur certaines boissons light, des chewing-gums et quelques compléments alimentaires.

La mention « sans sucre ajouté » est totalement différente. Elle ne fixe aucun plafond de sucres totaux. Un produit peut afficher « sans sucre ajouté » et contenir 15, 20 ou 25 g de sucres par 100 g, du moment que ces sucres sont issus des ingrédients de base. C'est ce qui permet à un jus de raisin pur fruit de revendiquer cette mention tout en contenant 16 g de sucres par 100 ml, plus qu'un Coca-Cola classique (10,6 g par 100 ml).

La distinction est inscrite noir sur blanc dans le règlement, mais peu d'acheteurs en ont conscience. Selon une enquête de l'INC (Institut national de la consommation) publiée en 2023, 62 % des consommateurs français interprètent « sans sucre ajouté » comme « peu sucré » ou « bon pour la santé ». L'écart entre la perception et la réalité réglementaire est colossal, et c'est précisément cet écart que les services marketing exploitent.

Le piège numéro un : jus concentrés et purées de fruits

C'est de loin la pratique la plus répandue, et la plus contestable sur le fond. Pour donner du goût sucré à un produit sans avoir à incorporer de saccharose, les industriels utilisent des jus concentrés (de pomme, de poire, de raisin, de datte) ou des purées de fruits déshydratées.

Sur le plan strictement réglementaire, ces concentrés ne sont pas considérés comme des « sucres ajoutés » au sens du règlement 1924/2006, parce qu'ils sont issus d'un fruit entier dont on a juste retiré l'eau. La fiche de la DGCCRF est nette : un concentré de jus de pomme reste un « ingrédient à base de fruit », même quand il apporte 65 % de sucres simples. La marque peut donc revendiquer « sans sucre ajouté » tout en bombardant le produit de jus de pomme concentré.

Sur le plan nutritionnel, la réalité est très différente. Un concentré de jus de pomme contient :

  • entre 60 et 70 % de glucides simples (essentiellement fructose et glucose) selon les données du Ciqual ANSES ;
  • aucune fibre car la matrice cellulosique du fruit a été détruite lors du pressage et de la concentration ;
  • une fraction négligeable de vitamines, qui sont dégradées par la chaleur de concentration.

D'un point de vue métabolique, du jus concentré de pomme se comporte dans l'organisme exactement comme du sucre ajouté. Le pic glycémique est comparable, la charge en fructose hépatique est identique. Le pédiatre Robert Lustig (UCSF) a popularisé cette équivalence depuis 2013, et l'OMS, dans sa ligne directrice sur les sucres libres de 2015 (mise à jour partielle 2022), classe explicitement les sucres présents dans les jus concentrés et les sirops de fruits dans la catégorie « sucres libres », c'est-à-dire ceux dont elle recommande de limiter l'apport à moins de 10 % de l'apport énergétique total (idéalement moins de 5 %).

Concrètement, où traque-t-on ce piège ? Dans les compotes pour enfants « sans sucre ajouté » dont la liste d'ingrédients commence par « pomme, jus de pomme concentré ». Dans les barres céréalières « source de fibres » qui contiennent du sirop de datte. Dans les yaourts aux fruits « 0 % sucres ajoutés » dont l'arôme provient d'un mélange concentré pomme-passion. Dans les jus de fruits multivitaminés vendus en bouteilles d'un litre.

Fruits secs, dattes et miel : la zone grise sucrante

À côté des concentrés, une deuxième catégorie d'ingrédients permet de sucrer sans déclencher l'étiquette « sucre ajouté » : les fruits secs et leurs dérivés. La pâte de datte, la purée de pruneau, le sirop d'abricot deshydraté, voire la farine de banane séchée sont utilisés comme agents sucrants naturels dans la pâtisserie industrielle, les barres protéinées et les granolas.

Le statut réglementaire est encore plus flou que pour les concentrés. Un fruit sec entier, ajouté visiblement dans un produit (raisins secs dans un muesli, dattes dans une barre énergétique), conserve sa qualification de « fruit ». Une pâte de datte transformée en purée homogène, utilisée comme liant sucrant dans une barre « sans sucre ajouté », occupe une position intermédiaire qui dépend de l'interprétation des services de contrôle nationaux.

En pratique, l'écrasante majorité des produits estampillés « sans sucre ajouté » utilisent cette zone d'interprétation. Cela n'est pas mauvais en soi : une vraie barre énergétique à base de dattes et d'amandes a un profil nutritionnel infiniment supérieur à une barre céréalière industrielle bourrée de sirop de glucose-fructose. Mais il faut comprendre que le sucre de la datte se comporte dans l'organisme, à dose égale, à 80 ou 90 % comme du sucre blanc. La présence de fibres ralentit légèrement l'absorption, c'est tout.

Le miel mérite un cas à part. S'il est mentionné comme ingrédient dans la liste, le produit ne peut PAS revendiquer « sans sucre ajouté », car le miel est considéré comme un agent sucrant ajouté. C'est l'une des rares zones où la règle est nette, et plusieurs marques se sont vu retirer la mention en 2022 et 2023 par la DGCCRF pour cette raison précise.

Édulcorants en remplacement : aspartame, sucralose, acésulfame K

C'est l'autre grande stratégie pour fabriquer un produit « sans sucre ajouté » : remplacer le saccharose par un édulcorant intense non caloriques. Aspartame (E951), sucralose (E955), acésulfame K (E950), néotame (E961), saccharine (E954) et plus récemment stévia (E960) entrent tous dans cette catégorie. Tous sont autorisés en UE mais à des doses journalières admissibles qui ne cessent d'être révisées.

Sur le plan réglementaire, leur usage est compatible avec la mention « sans sucre ajouté » parce qu'ils ne sont ni mono ni disaccharides. Sur le plan sanitaire, le tableau est moins flatteur. En juillet 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS a classé l'aspartame comme « possiblement cancérogène pour l'humain » (groupe 2B), tout en maintenant sa DJA via le JECFA à 40 mg/kg de poids corporel. Cette double annonce a brouillé le message public mais le signal sur la consommation chronique reste préoccupant.

Le sucralose, longtemps présenté comme inoffensif car non absorbé, a vu son profil se dégrader depuis 2023. Des études (Schiffman et al., 2023) ont montré qu'il se dégrade à haute température en composés chloropropanols suspectés. Plusieurs méta-analyses pointent une perturbation du microbiote intestinal aux doses de consommation réelles. L'étude française NutriNet-Santé sur les édulcorants et le risque cardiovasculaire, publiée dans le BMJ en 2022, a identifié une association significative entre les gros consommateurs d'édulcorants (aspartame et acésulfame K en tête) et un risque accru de pathologies cardiovasculaires.

La stévia (E960), souvent présentée comme « naturelle », n'est pas l'extrait brut de la plante mais un glycoside purifié (rébaudioside A le plus souvent). Son profil de sécurité est meilleur que celui de l'aspartame, mais le qualificatif « naturel » sur les emballages est trompeur quand la substance est issue d'une extraction industrielle au méthanol ou à l'éthanol.

Notre lecture : un produit qui remplace simplement le sucre par de l'aspartame ou du sucralose ne gagne pas en qualité nutritionnelle. Il échange un risque (excès de sucre) contre un autre (édulcorant chronique). Notre décryptage complet des allégations marketing trompeuses au supermarché détaille la mécanique commerciale de ce type de substitution.

Polyols et effets digestifs : le retour de bâton

Troisième famille de substituts : les polyols ou « sucres-alcools ». Sorbitol (E420), maltitol (E965), xylitol (E967), érythritol (E968) et isomalt (E953) sont des édulcorants caloriques (entre 1,6 et 2,4 kcal/g contre 4 kcal/g pour le sucre) mais avec un index glycémique faible. Ils sont autorisés sans DJA, contrairement aux édulcorants intenses, parce que leur métabolisme est différent.

L'avantage : on peut formuler des bonbons, chocolats et chewing-gums « sans sucre ajouté » avec une texture et un goût proches du sucre. Les polyols ne provoquent pas de caries (et le xylitol est même légèrement anticariogène, d'où sa présence dans les chewing-gums dentaires).

L'inconvénient majeur est digestif. Au-dessus de 10 à 20 g par jour selon les individus, les polyols provoquent des troubles intestinaux (ballonnements, diarrhées, gaz). L'EFSA exige depuis 2010 la mention « une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs » sur tout produit contenant plus de 10 % de polyols. C'est une mention qu'on retrouve sur les bonbons sans sucre type Mentos sugar-free, sur certains chewing-gums et sur des biscuits diététiques. Cela n'empêche pas que les enfants, principaux consommateurs de ces produits, dépassent régulièrement le seuil de tolérance.

L'érythritol mérite une mention particulière. Largement commercialisé depuis 2018 comme « édulcorant santé », il a fait l'objet en 2023 d'une étude publiée dans Nature Medicine (Witkowski et al.) qui a identifié une association entre des taux sanguins élevés d'érythritol et un risque accru d'accident cardiovasculaire majeur. L'étude est observationnelle et a fait débat, mais elle a suffisamment alerté la FDA américaine pour qu'une réévaluation soit lancée. En attendant, prudence sur les produits « keto » et les protéines en poudre qui en sont saturés.

Mention sur produits enfants : un sujet de santé publique

C'est probablement le segment où la mention « sans sucre ajouté » est la plus délicate, et où l'écart entre la promesse et la réalité nutritionnelle est le plus visible.

Les compotes pour bébés et enfants en gourde, les yaourts brassés aux fruits, les céréales du petit-déjeuner « pour enfants » et les boissons type « cocktails de jus pour enfants » utilisent massivement cette mention. Le marché français pèse plus de 800 millions d'euros par an selon Nielsen, et la croissance se fait quasi-exclusivement sur le segment « sans sucre ajouté ».

Le rapport de Santé publique France sur l'environnement alimentaire des enfants (2023) pointait un effet pervers : la mention « sans sucre ajouté » est interprétée par 75 % des parents comme un feu vert à une consommation libre, voire encouragée. Or les pédiatres rappellent qu'un enfant qui consomme deux compotes en gourde par jour ingère 18 à 25 g de sucres totaux issus de jus concentrés, soit l'équivalent d'une canette de soda. Ces sucres ont le même effet métabolique : pic d'insuline, stockage hépatique, désensibilisation progressive du palais au goût peu sucré.

L'ANSES a publié en 2024 un avis sur l'alimentation des enfants de 0 à 3 ans qui recommande explicitement de limiter la consommation de jus et purées de fruits transformés, y compris quand ils sont étiquetés « sans sucre ajouté ». La société française de pédiatrie va dans le même sens : un enfant de moins de 2 ans devrait quasiment ne pas consommer de jus, même 100 % pur fruit, et leur préférer le fruit entier.

Notre vue : la mention « sans sucre ajouté » sur un produit destiné aux enfants ne devrait jamais être lue comme un blanc-seing. Le réflexe nutritionnel correct est de regarder la ligne « dont sucres » du tableau nutritionnel et de la comparer à la dose journalière recommandée pour l'âge (moins de 25 g/jour pour un enfant de 4 à 10 ans selon l'OMS).

Impact glycémique réel : ce que la mention ne dit pas

Le critère réglementaire « sans sucre ajouté » est une notion d'ingrédient, pas une notion d'effet métabolique. C'est probablement la limite la plus fondamentale du système.

Deux exemples concrets pour mesurer l'écart. Une compote « sans sucre ajouté » à base de pommes Golden et de jus de pomme concentré contient 12 g de sucres totaux par 100 g, principalement du fructose et du glucose. Son index glycémique mesuré (par les tables de Foster-Powell, référence académique) est autour de 40, c'est-à-dire bas à modéré. Le même 12 g de sucres ingéré sous forme de yaourt sucré avec un peu de saccharose et accompagné de protéines laitières aura un index glycémique réel de 30 à 35, car la matrice protéique ralentit l'absorption. Sur le plan métabolique, le produit « sans sucre ajouté » est légèrement moins favorable.

Deuxième exemple, plus brutal. Un cookie « sans sucre ajouté » sucré au maltitol (E965) a un index glycémique de 35 à 40, contre 60 à 70 pour le même cookie au saccharose. Mais l'effet calorique est presque identique (le maltitol apporte 2,4 kcal/g contre 4 pour le sucre, donc l'industriel double souvent la dose pour la même sucrosité). Et au-dessus de 20 g de maltitol, les effets digestifs sont quasi-systématiques.

L'index glycémique et la charge glycémique sont des outils plus utiles que la mention « sans sucre ajouté » pour évaluer l'impact réel d'un produit sur la glycémie. Mais ils ne sont pas affichés sur les emballages en Europe, et restent difficiles à calculer pour le consommateur. Notre décryptage du Nutri-Score et de ses limites revient sur cette confusion entre quantité de sucre et qualité métabolique.

Comment lire l'étiquette en 30 secondes : la méthode décryptage

Pas besoin de mémoriser tout le règlement européen pour s'y retrouver. Quatre réflexes suffisent au rayon.

D'abord, ignorer le recto. La mention « sans sucre ajouté », comme toutes les allégations marketing, est un signal de communication, pas une garantie nutritionnelle. Retourne le paquet et regarde directement la liste d'ingrédients et le tableau nutritionnel.

Ensuite, lire la ligne « dont sucres » du tableau nutritionnel pour 100 g. Au-dessus de 10 g de sucres totaux pour 100 g sur un aliment solide (au-dessus de 5 g pour 100 ml sur une boisson), tu as affaire à un produit objectivement sucré, peu importe ce que dit le recto. La règle est encore plus stricte pour un enfant : viser moins de 5 g de sucres pour 100 g sur les compotes et les yaourts.

Troisième réflexe, scanner la liste d'ingrédients pour repérer les mots-clés sucrants : « jus de pomme concentré », « purée de poire », « pâte de datte », « sirop de fruit », « concentré de fruits multiples », « maltodextrine », « dextrose », « fructose », « sirop d'agave », « miel ». Tous ces ingrédients comptent métaboliquement comme du sucre, même s'ils permettent de revendiquer « sans sucre ajouté ».

Enfin, repérer les édulcorants par leur E-numéro : E950, E951, E954, E955, E960, E961 pour les édulcorants intenses ; E420, E965, E966, E967, E968 pour les polyols. Leur présence transforme le profil de risque du produit même si elle est légale et sous DJA.

Le verdict de la diététicienne

J'ai vu passer ces dernières années un nombre considérable de patients persuadés de « bien manger » parce qu'ils privilégiaient des produits « sans sucre ajouté ». Compotes en gourde au goûter, jus multifruits pur fruit au petit déjeuner, barres protéinées sans sucre ajouté en collation : le profil glycémique global de leur journée n'avait rien à envier à celui d'un consommateur de produits sucrés classiques. Pire, certains gagnaient un effet « halo santé » qui les conduisait à augmenter les quantités.

Ma règle pratique en consultation : la mention « sans sucre ajouté » n'est utile que si elle s'accompagne de trois autres signaux. Le produit doit être issu d'une matrice alimentaire peu transformée (un fruit entier, un yaourt nature, une céréale complète), il doit afficher moins de 10 g de sucres totaux pour 100 g, et la liste d'ingrédients doit tenir en moins de cinq lignes. Si ces trois critères sont remplis, l'absence de sucre ajouté devient un vrai plus. Si l'un manque, la mention ne change rien à la lecture nutritionnelle.

Mon réflexe au quotidien pour mes patients : revenir au fruit entier quand c'est possible, préférer un yaourt nature qu'on sucre soi-même très peu, éviter les compotes industrielles en gourde au profit de pommes fraîches ou cuites maison. Les industriels exploitent une vraie attente sociale autour de la réduction du sucre, mais la solution n'est pas dans une mention sur un emballage. Elle est dans le retour aux produits bruts et la lecture systématique des étiquettes.

Sarah Keller, diététicienne-nutritionniste, relectrice scientifique pour NutriDécrypte.

FAQ : sans sucre ajouté

Un produit « sans sucre ajouté » peut-il contenir du sucre ?

Oui, et c'est précisément le piège. La mention interdit uniquement l'ajout de sucres simples (saccharose, glucose, fructose, sirop de glucose-fructose, miel) pendant la fabrication. Elle n'interdit pas les sucres naturellement présents dans les ingrédients : lactose du yaourt, fructose des fruits, sucres des céréales maltées, et surtout sucres apportés par les jus et purées de fruits concentrés. Un produit peut donc contenir 15 g de sucres pour 100 g tout en revendiquant la mention.

Quelle différence entre « sans sucre » et « sans sucre ajouté » ?

La mention « sans sucre » est beaucoup plus stricte : elle interdit toute présence de sucres au-dessus de 0,5 g pour 100 g ou 100 ml, qu'ils soient ajoutés ou naturellement présents. C'est une promesse quantitative. « Sans sucre ajouté » ne fixe aucun plafond de sucres totaux, c'est une promesse de fabrication. Un jus de raisin pur peut revendiquer « sans sucre ajouté » avec 16 g de sucres par 100 ml, jamais « sans sucre ».

Le sirop d'agave et le miel comptent-ils comme du sucre ajouté ?

Pour le miel, oui sans ambiguïté : sa présence en tant qu'ingrédient empêche la mention « sans sucre ajouté ». Pour le sirop d'agave, le sirop d'érable et le sirop de coco, c'est plus contesté juridiquement. La DGCCRF française les considère depuis 2023 comme équivalents au sucre ajouté quand ils sont utilisés à des fins sucrantes. Plusieurs marques ont dû retirer la mention sur ce critère ces deux dernières années.

Les édulcorants comme l'aspartame sont-ils dangereux dans un produit sans sucre ajouté ?

L'aspartame (E951) est autorisé en UE à une DJA de 40 mg/kg de poids corporel, mais a été classé en juillet 2023 « possiblement cancérogène » (groupe 2B) par le CIRC de l'OMS. Le sucralose (E955) montre des effets sur le microbiote dans les méta-analyses récentes. Aux doses de consommation réelles, le risque est faible mais existe sur consommation chronique. Notre lecture : un édulcorant intense n'est pas un substitut neutre au sucre.

Pourquoi mon enfant prend du poids alors qu'il ne mange que du « sans sucre ajouté » ?

Parce que la mention ne dit rien des sucres totaux, ni du contenu calorique, ni de l'index glycémique. Une compote « sans sucre ajouté » contient typiquement 12 à 14 g de sucres pour 100 g, soit environ une cuillère à café et demie de sucre. Trois gourdes par jour, plus un yaourt aux fruits et un jus multifruits, dépassent largement les 25 g de sucres libres journaliers recommandés par l'OMS pour un enfant de 4 à 10 ans.

Comment repérer un vrai produit peu sucré ?

Trois critères cumulatifs à vérifier sur l'étiquette : moins de 10 g de sucres totaux pour 100 g sur le tableau nutritionnel (moins de 5 g pour 100 ml pour une boisson), aucun mot-clé sucrant dans la liste d'ingrédients (pas de jus concentré, pas de sirop, pas de pâte de datte en tête de liste), et absence d'édulcorants type E950 à E968. Si les trois sont remplis, c'est un produit objectivement peu sucré, quelle que soit la mention sur le recto.

Les polyols (xylitol, maltitol, érythritol) sont-ils sans risque ?

Les polyols sont autorisés sans DJA chez l'adulte et sont considérés comme moins problématiques que les édulcorants intenses. Mais ils provoquent des troubles digestifs au-dessus de 10 à 20 g par jour selon les individus. L'érythritol, longtemps présenté comme l'option la plus sûre, a fait l'objet en 2023 d'une étude (Witkowski, Nature Medicine) suggérant un lien avec le risque cardiovasculaire. Prudence sur les produits « keto » qui en contiennent souvent plus de 5 g par portion.

Quels produits « sans sucre ajouté » sont vraiment recommandables ?

Ceux qui combinent trois caractéristiques : une matrice alimentaire peu transformée (fruit entier en morceaux, yaourt nature, légume cuit), moins de 10 g de sucres totaux pour 100 g, et une liste d'ingrédients courte de moins de cinq lignes sans concentrés ni édulcorants. Concrètement : un yaourt nature au lait entier sans rien d'ajouté, une compote bio pomme nature avec pomme seule comme ingrédient, un fromage blanc nature. Le reste relève largement du marketing.

Sources

  1. Règlement CE n°1924/2006 sur les allégations nutritionnelles et de santé , annexe sur les conditions d'emploi des allégations « sans sucre » et « sans sucre ajouté ».
  2. OMS, ligne directrice sur les sucres libres pour adultes et enfants , recommandation de limiter les sucres libres à 10 % de l'apport énergétique total, idéalement à 5 %.
  3. ANSES, avis sur l'alimentation des nourrissons et jeunes enfants , recommandations 2024 sur la consommation de jus et purées de fruits chez les moins de 3 ans.
  4. Table Ciqual de composition nutritionnelle ANSES , données officielles sur les teneurs en sucres des concentrés et purées de fruits.
  5. Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), classification de l'aspartame , communiqué juillet 2023 classant l'aspartame en groupe 2B.
  6. Srour et al., édulcorants et risque cardiovasculaire, NutriNet-Santé dans le BMJ, 2022 , étude française de référence sur les édulcorants.
  7. EFSA, portail réévaluation des édulcorants alimentaires , avis scientifiques en cours sur aspartame, sucralose, acésulfame K.
  8. Santé publique France, repères alimentation et activité physique , recommandations officielles pour la population française et les enfants.

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